Kane & Lynch 2 : Dog Days

Temps de lecture estimé : 6 minutes.

Parution originale : Jeudi 19 août 2010 à 19:43

IO Interactive, c’est la série des Hitman, immorale sans être amorale, et qui donnait dans l’amour du trou. Sombre, classe, elle se démarquait par un gameplay plutôt novateur pour l’époque (le premier opus vit le jour le premier du mois de décembre, il y a 10 ans de celà), nous laissant choisir la façon dont 47, le tueur à gages que l’on incarnait, débarrasserait son client du moment de ses soucis.

IO Interactive, c’est Freedom Fighter, épisode isolé de ce qui aurait pu faire une autre série exceptionnelle, au doux parfum cette fois de guérilla, de révolution, dans lequel vous meniez une équipe de soldats de fortune vers des jours meilleurs.

Mais IO Interactive, c’est aussi Mini Ninjas Kane & Lynch. Sur le papier, c’était le meilleur des deux mondes : Deux tueurs – sérieux et classieux de prime abord – se retrouvent dans une panade totale vis-à-vis de leurs ex-patrons (formant l’entité des «Sept», une organisation spécialisée dans le renversement de gouvernements), et seront amenés à réunir d’anciens membres de ladite organisation pour la mettre hors d’état de (leur) nuir, le tout dans une ambiance digne d’un film de Micheal Mann (Heat étant la référence la plus évidente).

Malheureusement, si on découvre au fil du jeu que nos deux héros sont des losers finis, il en est de même pour le jeu en lui-même, qui se révèle franchement décevant, la faute à un système de couverture complètement foiré, à une IA digne de la plus intelligente de mes ex (une IA vraiment ratée, donc) et à une certaine platitude dans le gameplay (cependant inhérent au genre «je me planque et fais mes besoins derrière une caisse pendant dix ans»).

En d’autres termes, le petiot avait toutes les prédispositions génétiques pour faire un être merveilleux, malheureusement, un triste accident l’a rendu trisomique.

On ne pouvait cependant pas en rester là, et IO a décidé de nous montrer que les accident arrivent à tout le monde, même aux plus talentueux (là, un exemple d’actrice porno qui a un enfant trisomique m’arrangerait énormément), et que le fruit de leurs entrailles, c’était pas de la merde.

De cette envie est né Kane & Lynch 2 : Dog Days, et bien qu’en temps normal, j’aurais posé une problématique, ou même un simple «mais alors, la mission est-elle réussie ?» digne des critiques des plus grands de nos journalistes totaux, je n’y arrive pas, ni n’y tient de toute façon, parce que disons-le tout de go : Holy chips, ça poutre.

Comme chaque petit être superficiel que nous sommes, attaquons le sommet de l’iceberg, le plus visible, les deux quartiers de la prune : Les graphismes, et le gameplay.

Côté graphique, c’est dégueulasse, vraiment. Mais, fait ô combien étrange, c’est là l’effet recherché :

Les filtres graphiques émulent en effet un rendu filmé/mal compressé avec une bonne dose d’artefacts, de pixelisation, de couleurs qui saturent et d’image qui ne tient pas la cadence lorsque l’on se met à courir (à noter que le son prend le même parti, avec le souffle du vent quand on court, les «ta tagala tagala tagala taaaaaaaaaaaa» (disons que mes talents d’imitateur ne sont plus à prouver) de quand on reçoit un appel sur le portable qu’on a laissé près de ses enceintes, et une certaine saturation quand les personnages crient).

Tous ces effets, combinés à une caméra d’épaule suivant – parfois laborieusement – Lynch, le personnage que vous incarnez, apportent un cachet, une personnalité qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, et le rendu final, bien que déconcertant de prime abord, est absolument formidable.

Pour ceux qui n’accrochent vraiment pas, il est possible de tout désactiver, les effets laissant alors place au moteur vieillissant d’Hitman Blood Money.

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Les graphismes n’étaient pourtant pas le plus gros des points faibles du premier opus, laissant volontiers ce titre au gameplay, rigide et anti-ergonomique au possible.

Heureusement, ce dernier aussi a été re-lifté, et il faut dire ce qui est, il s’en tire avec les honneurs.

C’est bien simple, Kane & Lynch : Dog Days est à l’heure actuelle le plus speed des shooters à la 3ème personne (mais ça changera peut-être avec Vanquish, le Gears of War du créateur de Bayonetta).

En effet, camper derrière une caisse en attendant que votre collègue (Kane, le héros du premier volet) fasse le ménage pour vous est synonyme de mort directe.

La plupart de vos planques se détruiront rapidement, et vos très nombreux ennemis contourneront très vite celles qu’ils ne pourront pas détruire. En ajoutant à cela un système de couverture revu et corrigé (ouah, y’a un bouton pour se mettre à couvert !) des déplacements plus rapides et précis, et un level-design convainquant, on se retrouve avec un gameplay pêchu et nerveux qui ne vous offrira que de rares moments de répit.

L’IA quant à elle a fait des progrès depuis les aventures précédentes de nos deux dingues, se mettant à couvert et vous contournant fréquemment. Elle reste cependant toujours relativement statique, mais ce défaut est heureusement compensé par la précision et la masse d’ennemis toujours importante.

Et alors puisqu’on parlait de la folie des deux personnages principaux de notre aventure, on arrive à ce qui est pour moi LA grande surprise du titre : L’ambiance.

Déjà très soignée dans Kane & Lynch : Dead Men (le premier épisode donc), elle est une fois encore le plus gros point fort du titre. Mais attention, elle est ici totalement métamorphosée, et autant dire qu’elle transcende littéralement le jeu.

Laissons de côté l’objectivité deux secondes. Je dois avouer que j’avais été plutôt conquis par l’aura sombre de Dead Men, le pessimisme ambiant et le cynisme des personnages, disons carrément la réalisation elle-même (je ne parle ici bien entendu pas de technique pure et dure). L’aventure était lourde. Ici, elle est éprouvante. Et je n’en suis que plus conquis !

Nos deux amis se laissent totalement aller, et ne recherchent plus cette classe qui les a de toute façon quitté depuis bien longtemps. C’en est fini des tueurs aux aspirations d’organisations criminelles importantes. Ils comprennent désormais qu’ils ne sont que de petites frappes bedonnantes. On les sent au bout du rouleau, complètement exténués, et las des casses, braquages et autres trafics de petite envergure. Ils aspirent à une vie meilleure. Kane avec sa fille, Lynch avec sa nouvelle femme, Xiu.

Le seul soucis, c’est que pour s’offrir un nouveau départ, il faut de l’argent. Et quand on est une petite frappe, l’argent, on le gagne en montant des coups. Sauf qu’une petite frappe qui monte un gros coup, un trafic d’armes de grande envergure avec des gens importants – surtout quand ladite petite frappe a la lose de Kane & Lynch – ne peut que se foutre dans une mousse au chocolat intestinale aussi collante qu’un herpès génital. Ça ne manque évidemment pas d’arriver, et donne lieu à quelques unes des scènes les plus malsaines qu’il m’ait été donné de voir.

C’est bien simple, en l’état et malgré les mosaïques placés entre certaines cuisses, ou certaines têtes après un headshot, je ne peux pas concevoir que ce jeu ne sorte sans faire de scandale. Surtout après le bordel qu’a fait Manhunt 2, qui ferait figure d’épisode des Télétubbies à Poneyland featuring Les Bisounours à côté de lui.

La violence physique et psychologique est inouïe, et la scène d’après le niveau se déroulant dans l’appartement de Lynch et Xiu est peut-être la scène la plus marquante de ma vie de gamer. Et je suis un blasé.

Pour être tout à fait honnête, j’ai dû faire une pause de quelques heures avant de reprendre le jeu pour la première fois de ma vie de joueur. D’un côté, ça permet de rallonger un peu la durée de vie un peu courte, aux environs de 7h.

Mais 7 heures vraiment intenses, marquantes. Bien que le jeu soit scripté, dirigiste et donc peu rejouable, je sais d’ors et déjà qu’il s’agit ici d’un jeu que je recommencerai de temps en temps.

En résumé, nous avons là un jeu en tout point supérieur à son ainé, même sur les aspects qui n’avaient pas franchement besoin d’être améliorés.

Cohérent, marquant, troublant, violent, fun, bien construit, speed et intéressant, ce Kane & Lynch n’a pour défauts qu’une IA un peu faiblarde (bien qu’elle reste correcte) et un tout léger manque de finition (les lèvres des personnages ne bougent pas quand ils parlent hors cinématiques), mais qui se font tout petit pour faire la part belle à un scénario simple mais efficace, une qualité graphique (ou en tout cas artistique) et sonore (la VF est d’ailleurs vraiment très bonne, avec un José Luccioni en pleine forme dans le rôle de Lynch, brisé et enragé comme jamais) irréprochable, surtout une fois l’EAX activé, et une ambiance d’une dimension pour moi sans égal.

Si, comme au Kamoulox, un simple mot devait terminer cette critique et résumer ce soft, ce serait sans hésitation le mot «intense».

MonsieurDaz
Rédacteur, fondateur de GamerTales, co-fondateur de feu-Les Vieux Consoleux, Monsieur Daz est une sorte d’andouille amatrice de jeux rétro, aimant beaucoup se prendre la tête sur le jeu-vidéo, ses nouveaux modèles économiques et sa dématérialisation. Un vieux con, quoi.
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