Duke Nukem Forever, 15 ans pour ça ?

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Parution originale : Mardi 14 juin 2011 à 11:20

Les années 90 furent incontestablement bourrées de bons souvenirs pour les joueurs du monde entier. La fabuleuse époque où l’auto-regen et les aides à coups de halos lumineux étaient encore absolument impensables. Une décennie qui aura vu bon nombre de genres éclore dans le paysage vidéo-ludique, et notamment le FPS, rapidement appelé Doom-like, puis Quake-like à l’époque.

Parmi ces FPS, il y en a un qui nous intéresse particulièrement aujourd’hui : Duke Nukem 3D, la suite de Duke Nukem I et II, des shoots en 2D vus de côté, et qui fit sensation en 1996, malgré la sortie de Quake dans la même période.

Comme d’habitude avec id Software, Quake révolutionnait le genre avec des graphismes entièrement en 3D, l’utilisation de la souris, et un gameplay aussi fluide que fun. Alors pourquoi Duke Nukem 3D et ses graphismes pleins de sprites fut-il autant acclamé ? Tout simplement grâce à son humour, ses armes déjantées, son level design souvent complexe et inventif et son côté provoc’ et sexy maintes fois censuré.

Après 15 ans d’une gestation chaotique et quelques spin-off, la véritable suite nous parvient enfin. Ces 15 années de gestation – et 12 d’attente pour les fans – il est de notoriété publique qu’elles ont été entre autres employées à la recherche de la perfection. Après tout, il faut c’qui faut, mais la perfection est-elle atteinte, ou les développeurs sont-ils tout simplement des manches ?

Avant-propos : Le FoV par défaut est déjà absolument ridicule, et nuit aux sensations de jeu, alors rajoutez-y le mouse smoothing, et vos obtenez un bon jeu injouable. Allez dans les options et mettez Précision Souris à 1 pour désactiver le mouse smoothing, puis téléchargez FlawlessWS pour le FoV, la console n’étant plus disponible dans le jeu final. Je vous conseille de le mettre à -12. Notez bien que ces manipulations son absolument indispensables si vous voulez avoir un résultat agréable à jouer. Step 3, uuuh… Profit ?

Hail to ze string, baby.

Après 12 ans d’attente, coupons court à tout suspens : La perfection n’est pas de ce monde, ça on le sait. L’erreur est humaine, on le sait aussi… Et bien disons juste que les anciens de chez 3DRealms sont profondément humains. Duke Nukem Forever est raté.

À cela plusieurs raisons. Tout d’abord, ce qui saute aux yeux, c’est la partie technique du jeu. Non, pas seulement les graphismes… Les animations datent d’un autre âge et sont souvent stoppées net par de simples caisses en bois, cassables par exemple en leur balançant un simple tonneau dessus, mais pas un porc mutant de l’espace pesant environ 150kg. Le Duke n’a jamais donné dans le réalisme, mais là ça choque. Graphiquement, si ce n’est pas la joie, ça ne fait – sur pc – pas non plus saigner les yeux, mais des effets next-gen à la con viennent ternir le tableau aussi bien au sens propre qu’au figuré, puisqu’en activant le post-traitement, vous vous exposez à un ternissement prononcé des couleurs, et un depth of field calamiteux floutant à peu près tout à trois mètres devant vous.

La direction artistique n’est elle non plus pas transcendante, et vous traversez la plupart du temps des rues désertées bien pauvres et des bâtiments bien fades. Le design des nouvelles armes sont d’assez mauvais goût également, et seuls le design des ennemis et celui du fusil à pompe, du pistolet, du lance roquette (oui, j’ai envie qu’il tire de la salade, aujourd’hui), du devastator et de l’éviscérateur ne s’en sortent pas trop mal. Heureusement, le jeu est fluide sur une bécane modeste (en plus de ma machine principale, je l’ai testé sur un i3 530, 6Go de RAM DDR3 et une 9600GT de chez nVidia). Manquerait plus qu’il rame.

Born to be miiiiild.

Si la direction artistique est médiocre, il en va de même pour le level-design. Gros point fort du précédent volet FPS, celui de Duke Nukem Forever est résolument old-school dans le sens où la variété est préférée à la cohérence. Ça aurait pu être un point positif s’il ne mêlait pas cela à une approche résolument next-gen en cloisonnant ses environnements à outrance par des murs bien réels ou invisibles selon la map. Maps qui en plus de confiner le joueur, se permettent l’outrecuidance d’être ridiculement petites, et donc de lui infliger un chargement toutes les dix minutes. Ils sont heureusement très courts sur pc, mais hachent réellement la progression, là où la structure puzzle-game de Portal 2 rendait ce défaut si ce n’est supportable, au moins tolérable.

DNF propose d’ailleurs comme son aîné quelques puzzles que même une femme pourrait résoudre. Vous ne risquerez donc pas de vous brûler la bistouquette en faisant chauffer votre matière grise, mais ils ont le mérite d’être là, et d’introduire quelques mécaniques de gameplay intéressantes bien que déjà vues (souvent à base de moteur physique), ou des phases de plate-formes assez sympa. Mais là encore, le découpage de niveaux gâche un peu tout, les niveaux ressemblent à un simple prétexte pour utiliser ces featurettes tant ils sont courts et vides.

Colgate some.

Malgré tout, les featurettes sont tout de même relativement intéressantes. On a parlé de la physique, mais ce n’est pas tout : Le jeu est littéralement bourré de trucs interactifs. Du flipper complètement fonctionnel au Air Hockey, en passant par le panier de basket, le tape-taupe et le billard (assez difficile puisque cette fois, vous ne devrez pas faire tomber la boule blanche… Salope), il y a quand même de quoi faire, d’autant que toutes ces activités agrandiront votre barre de vie.

Parce que dans DNF, il y a une barre de vie ! M’enfin ne nous emballons pas, l’auto-regen est là aussi hein… C’est un peu comme le level design, il y a une volonté de faire old-school, mais elle est toujours rattrapée par une couche next-gen assez imbitable. Un comble pour le Duke…

Il reste que Duke Nukem Forever n’est pas un jeu si facile pour autant, votre barre de vie descend très rapidement, et il est fréquent qu’on n’ait pas le temps de se mettre à couvert.

L’IA quant à elle est assez stupide, mais a le bon goût d’être relativement réactive, et de faire mal. Elle se mettra à couvert à chaque fois qu’un membre de ma famille mourra, ce qui n’est déjà pas si mal, mais il arrive en revanche qu’elle ne vous voie absolument pas. C’est tout de même assez rare, soyons honnête.

En revanche, n’espérez pas que la relative difficulté du titre ne lui assure une bonne durée de vie. Elle est dans la moyenne : 9h. Mais après 15 ans de boulot, on était en droit de s’attendre à une aventure une chouille plus longue.

Mes couilles sur ton nez, t’auras l’air d’un dindon.

Niveau bande son, là aussi il y a du bon et du moins bon. Si certains sons ont l’air de sortir tout droit des années 90, d’autres sont plutôt bons (notamment celui du fusil à pompe, bien pêchu), et d’autres encore sont simplement ratés (quand Duke saute, c’est un massacre).

La musique est en revanche assez bonne dans l’ensemble si on apprécie l’esprit metal, notamment dans la boite de nuit. On trouvera cependant un peu de variété dans la ville fantôme de Morningwood, la gaule du lever. Et puis le thème Grabbag, même s’il est moins bon que la version de Megadeth, faut bien avouer que le retrouver fait plaisir.

Il faut également savoir que le Duke est pour la première fois sur pc entièrement doublé, et c’est Daniel Berretta – Le doubleur de Schwarzy, et du Duke dans le portage PSOne de Duke Nukem 3D – qui s’y colle. Je craignais le pire, mais il s’en sort plutôt pas mal, même si quelques jeux de mots de la VO sautent bien évidemment au passage (« Time to quit forking around » après avoir utilisé un chariot élévateur, forklift), et s’il chie quelquefois dans la colle sur quelques intonations râtées. Bien que quelques références absentes de la VO comme un énorme « casse toi pov’ con » restent agréables et que certains personnages comme ce présentateur de JT qui fait des liaisons vraiment dangereuses soient véritablement hilarants, il serait dommage de passer à côté de la voix de John St. Jon. Optez pour la VO.

I don’t have the heart to play with myself.

Parlons brièvement du multijoueurs : C’est de la merde.

À l’heure actuelle, il est déjà pourri par le cheat et la campe. Il n’avait pas besoin de ça : De base, ça se joue souvent à qui aura le jetpack+devastator le premier.

Les modes de jeu sont classiques, les maps inintéressantes, peu nombreuses et faites à la va-vite, et le feeling des déplacements est étrangement mauvais, très similaire à celui du solo de la démo, et qui avait été corrigé sur celui du jeu final. Il n’y a absolument rien pour rattraper ce mode multi qui n’intéressera malheureusement pas grand monde plus de cinq minutes. Même pas pour les vêtements, décors et objets déblocables pour le musée du Duke. Mais oui, vous savez bien, tous ces “bonus” qu’on voit déjà dans le Duke Museum, au début de la campagne solo…

En résumé, Duke Nukem Forever déçoit à peu près à tous les niveaux. Mettre 15 ans pour développer ça ? Les développeurs sont bel et bien des manches… Mais paradoxalement, j’ai vraiment adoré le jeu, et l’ai terminé deux fois à l’heure actuelle. En tant que fan du Duke, retrouver des milliers de références à Halo, Donkey Kong, Shenmue, Dead Space et Borderlands entre autres, cet humour gras et bourré de jeux de mots, et enfin ce feeling des déplacements fluide et ces armes pêchues m’a véritablement amusé, et j’ai pu passer outre les défauts. Si vous êtes fan du Duke et que vous suivez mes conseils pour le FoV, il est sinon probable, au moins possible que vous y preniez votre pied également. Il faut malgré tout voir les choses en face, la sortie de ce patchwork raté du FPS est autant un miracle qu’une honte. Comme le Duke le dit si bien “I’ve got balls of fail”.